Jérémie Beyou a moins de 500 milles à parcourir mais le skipper de Charal continue à naviguer à des vitesses modestes en remontant les côtes portugaises puis galiciennes vers le cap Finisterre qu'il devrait passer ce matin. Après le gros coup de vent, les vents s'affaiblissent. La mer s'annonce très agitée.

Derrière lui, Paul Meilhat (Biotherm) et Nico Lunven (HOLCIM PRB) ne sont qu'à une trentaine de kilomètres l'un de l'autre, toujours près du centre de la dépression, en cinquième et sixième positions.

Sam Goodchild tient bon et espère hisser une grand-voile réparée ce matin, il a envoyé cette mise à jour : « J'ai pas mal travaillé sur la grand-voile. En fait, c'est tout ce que j'ai fait. Mais maintenant, nous sommes au stade où je n'ai plus de colle ! J'avais 14 cartouches de colle, et j'ai fini. Nous avons travaillé avec l'équipe technique et North Sails pour maximiser les chances de succès. Je viens de coller le dernier patch il y a une heure, il ne reste plus qu'à fixer une latte un peu lâche, toutes les autres sont réparées, puis je vais attacher la grand-voile au mât, la hisser et essayer. Une fois le patch séché, ce soir, je fixerai la latte, et demain matin, quand le vent sera un peu tombé, je pourrai la hisser et nous verrons ce qui se passe. Probablement juste le troisième ris d'abord, on verra comment ça tombe, je croise les doigts, ce n'était pas des conditions idéales parce qu'on a eu beaucoup de vagues, c'était très humide, ce n'est pas la chose la plus facile à faire, j'ai fait de mon mieux. Je suis fier de ce que j'ai fait. Je ne suis pas sûr à 100% que ça va marcher mais je suis sûr à 100% que nous avons fait de notre mieux. Voyons ce matin,

« Il y a encore des vagues de 3-4 mètres et des vents de 25-30 nœuds. J’essaie de stabiliser le bateau car je suis sur le pont pour réparer ma grand-voile, donc il faut que je reste prudent et que je ne prenne aucun risque. On avance bien avec mes deux voiles aile sur aile, en ciseaux. C’est assez rassurant. Avec un peu de grand-voile ce serait encore mieux ! »

« Ces prochains jours, la météo s'annonce difficile. Ce ne sont pas les conditions les plus faciles pour rentrer ! Il y a un nord qui va arriver demain, je vais probablement aller vers les côtes portugaises pour avoir le moins de vent possible, la route optimale dans du vent fort, je ne veux pas tester ma grand-voile tout de suite. Après il y aura un peu d'accalmie, et du vent très fort pour le cap Finisterre et la traversée du golfe de Gascogne. Mon objectif est d'arriver au cap le plus en forme possible, après j'aurai moins besoin de ma grand-voile, mais ce ne sera pas un soulagement non plus car il y aura 40 nœuds, mais ce sera un peu moins de stress j'espère.

« On est fatigués ! Le bateau et moi. On le sent vraiment, on est sur la corde raide depuis deux mois et demi, on travaille toujours à la limite en termes de fatigue, on veut être lucide mais on ne veut pas perdre trop de temps à trop dormir. On passe sa vie à s’écouter et à essayer de se rendre compte quand on est fatigué pour faire juste une petite sieste de plus, pour se remettre dans le vert et ne pas tomber dans le rouge. Mais au bout de deux mois et demi, cette ligne théorique n’a plus vraiment d’importance ! Il y a des montées d’adrénaline qui nous poussent, et qui rendent ensuite le crash d’autant plus dur. Hier par exemple, au moment de l’affalage de la grand-voile, je me suis effondré, je me suis endormi pendant 1h30, mon corps a tout simplement lâché. Aujourd’hui j’ai eu une petite montée d’adrénaline pour repartir, je me sens un peu déprimé à nouveau. J’ai hâte de passer une vraie nuit dans un vrai lit !

« C’est difficile de faire un routage sans grand-voile, je ne sais même pas si je pourrai remonter au vent sans grand-voile, donc j’essaie de ne pas trop me projeter. Si je ne suis pas là dans une semaine, je risque de manquer de nourriture et de gasoil, mais j’ai de l’espoir… Ça va tenir ! »

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